L’Estonie fait rêver nos politiciens.

L’Estonie fait rêver nos politiciens. La France, elle, vient de freiner. Et que fera le Québec ou le Canada?

J’ai vu passer cet article de La Presse : 100 % des services publics en ligne, une déclaration de revenus en « deux clics ou trente secondes », un assistant d’État propulsé à l’IA. Forcément, ça donne des idées : et si on faisait pareil? Un État 100 % numérique, plus léger, plus efficace — et on l’a entendu dans les derniers mois au Québec et au Canada, entre autres.

Avant de s’emballer, si on regardait un peu tout ça.

La France a poussé le tout-numérique à fond — 82 % des démarches s’y font en ligne. Résultat :

  • 44 % des Français ont de la difficulté avec leurs démarches en ligne
  • Plus de 15 % de la population est en situation d’illectronisme
  • 1 adulte sur 3 a déjà renoncé à une démarche à cause des obstacles
  • Et près d’1 jeune de 18-24 ans sur 4 a « peur de se tromper »

Avoir un cellulaire dans sa poche, ce n’est pas comprendre — ni faire confiance à — un parcours administratif numérique. On confond accès à l’appareil et littératie numérique. (À écouter à ce sujet : l’entrevue que j’ai faite avec Didier Barathon au début 2025 — https://lnkd.in/g4iN-7An)

Alors la France réintroduit l’humain : points de contact physiques, conseillers numériques, virage vers l’omnicanalité.

En fait, si on a suivi l’histoire, le secret estonien, ce n’est pas l’interface. C’est 30 ans de patience et une relation de confiance bâtie avec les citoyens : là-bas, chaque citoyen peut voir qui a consulté ses données. Cette relation est une construction patiente et constante… quelque chose que nous n’avons pas eu la chance de vivre, ne serait-ce qu’avec nos projets numériques les plus récents.

« 100 % numérique », ce n’est pas un objectif, c’est un souhait politique. Ça revient toujours à la même chose : il faut observer nos utilisateurs et leurs besoins avant de sauter sur une solution technologique. Et mieux encore : contactez-moi, qu’on en parle.

Le vrai objectif, c’est 100 % accessible. Et l’humain n’est pas un coût à couper une fois la plateforme livrée — c’est une composante du service.

Avant de rêver à notre Bürokratt : comment ne laisser personne au bord du chemin?

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE
Le marché de Balti Jaam (ou de la gare baltique) dans le quartier de Kalamaja, à Tallinn

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